Dans

IDA don't cry me love Lara Barsacq

#IDA #LARA #MARTA #ELISA

'IDA don't cry me lovede Lara Barsacq est un spectacle performatif dans sa re-création d'événements historiques, et chorégraphique de par l’utilisation d'éléments esthétiques et posturaux d'Ida Rubinstein.Il est entrelacé d’histoires personnelles et fictives farfelues, contées par des interprètes fun et touchantes- Lara Barsacq elle-même, Marta Capaccioli et Elisa Yvelin, qui posent un regard presque muséal sur le siècle dernier tout en mettant en lumière le chemin parcouru dans les arts scéniques. Un résultat dynamique, créatif et poétique. Allez-y!

Uitgelicht door Lodie Kardouss
IDA don't cry me love
Lodie Kardouss La Raffinerie, Brussel
Biennale 2019, Charleroi Danse
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22 oktober 2019

Rentrer dans la salle de spectacle dans lequel se joue IDA don't cry me love, c’est être attendu(e) par ces trois femmes qui en célébreront une autre: la danseuse Russe Ida Rubinstein, source authentique d’inspiration pour la chorégraphe.

Alors que le public entre, elles nous attendent, souriantes, le temps pour nous de les observer et de découvrir la scénographie admirable et les objets insolites présents sur scène, comme un prélude à l’humour et à la poésie de la pièce à venir. 

Le spectacle commence par le déshabillage intégral de la chorégraphe. Cette nudité imposée à nous d’entrée de jeu semble encore injustifiée, mais ce qui succèdera déjouera toute la trivialité de l’acte. Marta Capaccioli la vaporise avec un spray et  Elisa Yvelin lui tend un seau rempli de confettis argentés.

En se les déversant sur elle-même, les confettis collent à sa peau et l'habillent d’un éclat brillant, exprimant avec poésie, force et esprit, l’essence même de la transformation d’une femme en la star des ballets Russes de Serge Diaghilev. 

C’est de cela dont il s’agira pendant toute la pièce: d’imaginer, de célébrer, d’incarner, chacune à leur tour et toutes ensemble, Ida Rubinstein. À travers ces interprétations, nous est donnée aussi la possibilité de découvrir sa personnalité, sa liberté, sa force, son féminin, son féminisme avant-gardiste, son érotisme, son courage et la place de pouvoir que très peu de femmes occupaient à l’époque.

La place de la femme (artiste) dans le monde actuel est également évoquée en sous-texte à travers cette formule sensible et métaphorique prononcée à voix haute, 'peut-on apprendre à laisser partir les gens qu’on aime?'. 

'Peut-on apprendre à laisser partir les gens qu’on aime?'

Plusieurs mises en abyme de cette interrogation ont lieu tout au long du spectacle. Objets apportés sur scène, danses lyriques et féminines dans le style des années 1900, symbolisant en fait davantage la liberté et la libération sexuelle de la femme que le romantisme, évocation du film La nave, réinterprétations de danses personnelles et expressives inspirées du mime, de l’antiquité et des figures féminines de la mythologie à la manière d’Ida, digression amusante sur la structure rythmique en apothéose du boléro de Ravel comparée à une montée orgasmique.

Autant de propositions visuelles, sonores, chorégraphiques, performatives, loufoques et sensibles, reliant le passé au présent, nous permettant de témoigner de ces corps et gestuelles du siècle dernier, de leurs évolutions, de leurs réappropriations dans le temps présent et de reposer la question 'comment laisser partir les gens qu’on aime?'.

La chorégraphe apporte une réponse personnelle tonique: en se consolant des petites morts quotidiennes, en rendant hommage à Ida Rubinstein morte dans la solitude, mais surtout en poursuivant à travers leurs propres corps de femmes d'aujourd'hui, telles des Hélène de Sparte, Shérazade, Cléopâtre, Jeanne d’Arc ou Salomé, cette quête de l’émancipation féminine au sein même de la création artistique.

(De retour aux Brigittines/ Bruxelles 3 au 7 décembre 2019)