Toneel / Performance

Buster Romeo Castellucci

De 'gardiens de la paix' aux 'forces de l'ordre'

La première de 'Buster', nouvelle performance in situ de Romeo Castellucci, prévue en mai 2020 au KunstenFestivaldesarts de Bruxelles a été annulée en raison de vous savez quoi et reportée en 2021 et... Nous y voici enfin, sur l’esplanade de la cité administrative dans le centre-ville de Bruxelles, entre le siège de la police fédérale et la colonne du Congrès. La proposition de Castellucci engage une réflexion sur le droit, la violence, la comédie et sur le rôle des acteurs - des hommes ayant répondu à un appel à participation - qui prêtent leurs corps à des actions qui ne sont pas les leurs. (Vertaling NL onderaan pagina)

Uitgelicht door Lodie Kardouss
Buster
Lodie Kardouss Esplanade du Centre Administratif de l' Etat
Kunstenfestivaldesarts
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23 mei 2021

La performance est construite sur neuf principes.

01. L'action nécessite la participation d'une quarantaine d'hommes.

02. Ce ne sont pas des acteurs, mais des protagonistes de la scène.

03. Il n'y a pas de répétition.

04. Chacun d'eux se voit attribuer un uniforme de policier et une paire d'écouteurs invisibles.

05. Chacun d'eux reçoit en direct des ordres individuels et spécifiques.

06. Chaque policier doit exécuter l’ordre reçu.

07. Aucune improvisation n'est demandée aux policiers mais il leur est sommé d’être dans un présent absolu.

08. Le policier et l'acteur sont une seule et même entité.

09. L'action se déroule de nuit, dans le centre-ville de Bruxelles

Parée de quelques équipements scénographiques militaires de type radar, et accompagnée d’un environnement sonore reprenant des bruits de marche d’un peloton ou d’hélicoptères, mêlés aux vraies sirènes policières de l’instant T à Bruxelles, l’esplanade de la cité administrative, sorte de no man’s land minéral déjà déroutant, pose un décor entre fiction et réalité.

D’emblée, après qu’un policier ait lancé un fumigène dans notre direction, la quarantaine de policiers s’organisent en chaîne humaine et marchent d’un pas commun de bataillon pour arriver à quelques centimètres de nous. C’est une sensation forte car cette situation d’affrontement - provoquée par l’un des leurs - nous donne un statut: nous ne sommes plus des spectateurs dispersés, mais un groupe pacifique face à une violence latente.

Cette action pose les modalités du théâtre hors du théâtre, détermine en un instant l'état des forces en présence, leur ascendance l'une par rapport à l'autre et confronte notre rapport à la loi donc à la justice et à notre responsabilité individuelle et collective. La menace est bien sûr fictive, les policiers portent des uniformes de policiers américains des années 30/40, et bien qu’un certain Américain ait qualifié Bruxelles d’un 'Hellhole', on est tout de même loin d’être au cœur du Bronx. Malgré tout, dans l’imaginaire collectif - et inconsciemment dans les corps des protagonistes - l’habit fait quand même un peu le moine.

Une série de consignes transmises par oreillettes interposées sont réalisées par les acteurs de la situation tout au long de la performance. Dans ce commissariat à ciel ouvert, dont les limites sont marquées par des policiers qui documentent l’action avec des caméras et d’autres qui font la ronde avec des chiens de patrouille, une succession d’actions et d'effets venus d'univers multiples se mélange.

Une succession d’actions et d'effets venus d'univers multiples se mélange

Nous traversons différentes petites histoires qui se répondent visuellement et intellectuellement entre elles. Celle d’un criminel mis au pilori, devenu presque clown blanc puis ange déchu, s’unit avec les policiers et devient même l’un des leurs pendant la complainte de Saint Pierre à la Croix avec l'aria 'Mea tormenta' de l'oratorio de Hasse "Sanctus Petrus et Maria Magdalena" chantée en direct par le jeune contre-ténor Belge Logan Lopez Gonzalez, lui-même déguisé en policier.

Nous voyageons dans le temps du burlesque américain avec le cinéma muet et les comédies sous forme de dessins animés au travers d’un ensemble de différentes saynètes qui se superposent: de la chaussure de clown à la grosse bosse rouge sur la tête, en passant par la tarte à la crème, l’homme coupé en deux avec un bout de colonne vertébrale qui dépasse, la chaîne de saucisses cartoonesque et la chasse aux sorcières.

Dans la filmographie de Buster Keaton, la police a toujours été au service du chaos, garant des gags et de la comédie. Au figuré, la chasse aux sorcières peut aussi faire référence au maccarthysme du début des années 50 quand la loyauté des fonctionnaires fédéraux était testée et les subversifs écartés. Nous assistons aussi à une illustration vivante de Guernica avec une scène de torture par l’eau qui se termine dans une housse mortuaire.

On sourit, on grince, on réfléchit. Les policiers sont à tour de rôle victimes et bourreaux d'eux-mêmes. Toutes ces consignes qu’ils exécutent dans l’immédiateté en obéissant à des ordres, provoquent un chaos total. Ce qui était comique s’assombrit comme le ciel de Bruxelles ce soir-là et devient préoccupant.

La mimesis et la violence se menottent l’une à l’autre. Fiction, réalité, face à ces angoisses de mort, le groupe de policiers répond au besoin, ou en tout cas aux ordres, de faire alliance avec un être supérieur, ici une sculpture articulée, une sorte de moaï filiforme à la manière de Giacometti réalisé par Plastikart Studio. Ils célèbrent leur rituel devant ce totem perché sur une substitution du sommet de l’Empire State Building et synchronisent des mouvements de bras tels des agents de la circulation automates. Une fois leur cérémonial chorégraphique terminé, ils jettent leurs armes à nos pieds et partent en courant comme des petits enfants pris en flagrant délit.

'Buster' est un voyage volontairement anachronique et anthropologique qui répond aux forces obscures et primitives présentes dans l’imaginaire de chacun. Cette comédie inconfortable nous renvoie à nous-même et, dans cette période de crise dans laquelle nous testons chaque jour nos possibilités et limites entre ordre et libre arbitre, pouvoir et subordination, cet inconfort nous renvoie à la pleine philosophie du théâtre, qui est de tenter de nous élever toujours un peu plus. Cette pièce ne touche pas aux tripes directement, mais elle reste au corps interminablement.

Pour les puristes, les principes 03 et 09 du protocole n’étaient pas fidèlement observés, en revanche les plus observateurs auront pu apprécier que pour méditer sur le fonctionnement d’un clan il faut en faire l’expérience, et qu’un certain RC était l’un des policiers...

 

Vertaling NL)

De première van ‘Buster’, de nieuwe locatievoorstelling van Romeo Castellucci, was gepland voor het Kunstenfestivaldesarts in mei 2020 maar werd toen geannuleerd en uitgesteld tot 2021 vanwege je-weet-wel-wat. Maar hier zijn we dan eindelijk, op de Esplanade van het Rijks-Administratief Centrum in het centrum van Brussel, pal tussen het hoofdkwartier van de federale politie en de Congreskolom. Deze propositie zet aan tot nadenken over recht, geweld, komedie en de rol van de acteurs – hier zijn dat mannen die reageerden op een oproep tot deelname - die hun lichaam lenen voor acties die niet de hunne zijn.

De voorstelling is gebaseerd op negen principes. 1. De actie vereist de deelname van ongeveer veertig man. 2. De deelnemers zijn geen acteurs, maar pionnen op het podium van de scène. 03. Er is geen repetitie. 04. Elke deelnemer krijgt een politie-uniform en een paar onzichtbare oortjes. 05. Elk van hen ontvangt live en individueel specifieke bevelen. 06. Elke politieagent moet het gekregen beval uitvoeren. 07. Van de politieagenten wordt geen improvisatie verwacht, maar wel dat ze totaal aanwezig zijn in het moment. 08. De politieagent en de acteur zijn één en dezelfde entiteit. 09. De actie speelt zich 's nachts af, in het centrum van Brussel.

Sticht de Esplanade van het Rijks-Administratief Centrum op zich al verwarring door zijn karakter van versteend no man’s land, de aankleding ervan voor ‘Buster’ maakt er al helemaal een decor van dat tussen fictie en werkelijkheid hangt: er is de militaire inrichting met dranghekkens, en een soundscape met het geluid van een peloton of helikopters, dat zich vermengt met dat van de echte politiesirenes die op dat moment in de stad weerklinken.

Nadat een politieagent een rookbom in onze richting geworpen heeft, vormen de politieagenten meteen een menselijke ketting die in militaire marcheerstap tot een paar centimeter voor ons komt te staan. Het is een sterke ervaring, want deze confronterende situatie, uitgelokt door één van hen, geeft ons een statuut. We zijn niet langer disparate toeschouwers, maar een vreedzame groep geconfronteerd met latent geweld. Deze actie verplaatst de modaliteiten van het theater naar een ruimte buiten het theater en bepaalt tegelijk in een oogwenk de krachtsverhoudingen. Hun overwicht confronteert ons met onze verhouding tot de wet, en dus tot gerechtigheid en tot onze en onze individuele en collectieve verantwoordelijkheid.

De dreiging is natuurlijk fictief. De politieagenten dragen uniformen van Amerikaanse agenten uit de jaren '30 en '40, en hoewel een zekere Amerikaanse Brussel een "Hellhole" noemde, zijn we hier lang niet in de Bronx. Niettemin maken de kleren de man in de collectieve verbeelding en onbewust ook in de lichamen van de hoofdrolspelers.

De acteurs voeren gedurende de hele voorstelling echter slechts instructies uit die ze krijgen via hun koptelefoon. In dit politiebureau in de open lucht, waarvan de grenzen worden aangegeven door politieagenten die de actie vastleggen met camera's en anderen die rondgaan met patrouillehonden, vermengen zich in een opeenvolging van acties en effecten andere werelden met meer duistere hedendaagse realiteiten.

We zijn getuige van verschillende kleine taferelen die zowel visueel als intellectueel op elkaar inhaken. Dat van een crimineel die aan de schandpaal wordt genageld, en van een witte clown verandert in een gevallen engel, om zich dan aan te sluiten bij de andere agenten als één van hen. Hij zingt dan de klaagzang van Sint Petrus uit Hasse's oratorium ‘Sanctus Petrus et Maria Magdalena’. Deze aria, ‘Mea tormenta’, wordt live gezongen door de jonge Belgische contratenor Logan Lopez Gonzalez, zelf verkleed als politieagent.

We reizen terug in de tijd naar de Amerikaanse burleske stomme films en animatiefilms tijdens een reeks sketches die elkaar overlappen: van de clownsschoen tot de grote rode bult op het hoofd, via de slagroomtaart n de man die in twee gezaagd wordt met een stuk ruggengraat blijft steken tot de cartooneske sliert worsten en de heksenjacht.

In de filmografie van Buster Keaton staat de politie altijd in het teken van chaos. De politie staat bij hem garant voor grollen en grappen. Figuurlijk gesproken kan de heksenjacht echter ook verwijzen naar het McCarthyisme van de vroege jaren 1950 toen federale ambtenaren werden ondervraagd over hun loyaliteit en subversieven werden verwijderd. We zien ook een levendige illustratie van Guernica in de scène waarin waterboarding  eindigt met een dode in een lijkzak.

We lachen, we knarsetanden, we denken na. De politieagenten zijn afwisselend slachtoffer en beul. Al de instructies die zij uitvoeren door in een oogwenk instructies te volgen resulteren in een totale chaos. Wat begint als iets komisch, wordt met het vallen van de nacht even duister als de Brusselse lucht, en zelfs onrustbarend. Mimesis en geweld klinken zich aan elkaar vast.

Fictie of werkelijkheid? Hoe dan ook geeft de groep politieagenten tegenover deze doodsangsten toe aan de nood, of op zijn minst het bevel, om een verbond te sluiten met een Opperwezen, hier in de vorm van een draadvormige Moaï van de Paaseilanden, weergegeven op de wijze van een Alberto Giacometti -een creatie van Plastikart Studio. Zij vieren een ritueel op voor deze totem die verankerd is op een imitatie van de spits van de Empire State Building in New York City. Hun bewegingen verlopen zo synchroon dat ze wel automatische verkeersagenten lijken. Na deze gechoreografeerde ceremonie gooien ze hun wapens voor onze voeten en rennen weg als kleine kinderen die op heterdaad betrapt zijn.

‘Buster’ is zo een opzettelijk anachronistische, antropologische reis die inspeelt op de duistere en primitieve krachten in ieders verbeelding. Deze ongemakkelijke komedie werpt ons op onszelf terug. In deze periode van crisis, die dagelijks onze mogelijkheden en de grenzen tussen orde en vrije wil, macht en ondergeschiktheid op de proef stellen, ervaren we een ongemak dat teruggaat op de basisgedachte van theater, die bestaat in de poging ons een steeds meer te laten groeien. Deze voorstelling mikt niet meteen op de onderbuik, op angst, maar blijft wel oneindig lang in je lijf hangen.

Voor de puristen: de principes 3 en 9 van het protocol werden niet naar de letter nageleefd. De meer opmerkzame kijker zal echter ook ingezien hebben dat men pas over de manier waarop een clan functioneert kan nadenken als men ze zelf ervaren heeft, en dat daarom een zekere R.C. een van de politieagenten was...